Un médecin persécuté depuis plus de 20 ans et qui a décidé de réagir !

Histoire professionnelle

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       LES BASES DE MA FORMATION

Je suis né dans un milieu professionnel ouvrier du côté paternel et agriculteur du côté maternel.

Dès l’âge de 5 ans j’ai exprimé le désir d’exercer le métier de médecin et j’ai poursuivi mes études en essayant de me donner tous les moyens pour y arriver. Ce ne fut pas un long parcours tranquille surtout sur le plan financier mais cela m’a au moins appris la juste valeur des choses. J’ai su ce que c’était que de vivre sans argent et cela me chagrine d’avoir du choisir depuis plus de 15 ans le secteur 3, dit non conventionné, participant ainsi malgré moi à la mise en place d’un système d’inégalité sociale scandaleux. Malheureusement la nouvelle convention médicale mise en place depuis plus de 10 ans fait que tout médecin signataire de la convention médicale devient l’otage du pouvoir décisionnaire des médecins de caisse.

Ainsi en cas de contestation  par la CPAM de pratique médicale non conforme à leur vision de la médecine, outre une sanction disciplinaire de la part du conseil de l´Ordre, le médecin se verra  dans l’obligation de rembourser de sa poche toutes les prescriptions contestées .Vous comprenez bien que dans mon cas que je serais déjà  ruiné depuis bien longtemps si je ne m’étais pas sorti de la convention médicale.

De plus mon exercice professionnel  fait que mes consultations sont habituellement d’une heure avec dans tous les cas un examen clinique le plus complet possible, ce qui, compte tenu des charges obligatoires  de fonctionnement  d’un cabinet médical ne me permettrait  pas d’avoir un niveau de rémunération satisfaisant si je devais pratiquer le tarif conventionnel de base .

Pour  financer mes études et vérifier ma résistance à me trouver confronté à la douleur et à la mort j’ai commencé dès l’âge de 18 ans à exercer différents boulots à l’hôpital, du brancardage à la « serpillothérapie « ,  ce qui m’a permis de côtoyer avec plaisir tous ceux qui sont trop souvent considérés par les hautes castes  comme du  »petit personnel » et qui mettaient beaucoup d’ardeur à exécuter leur tâche. Il est vrai qu’à l’époque il y avait une administration sans informatique, manifestement plus humaine avec plus de personnel dans les différents services, et c’est peut être pour cela que les infections nosocomiales étaient moins nombreuses.

Je profite de ces lignes pour remercier avec 30 ans de retard toutes les infirmières qui ont su consacrer une part de leur temps pour m’enseigner tous les gestes techniques élémentaires que tout médecin devrait apprendre, ce qui est loin d’être le cas encore aujourd’hui …

Mon enfance avait été perturbée par la maladie de mon père que nous avions vu  dépérir de manière inquiétante au fur et à mesure des hospitalisations qu’il subissait dans le centre hospitalier de Bordeaux. Ils avaient fini par diagnostiquer un état dépressif chronique, ce qui était logique vu son état médical aggravé par les différentes explorations médicales qu´il devait subir chaque jour. La dernière hospitalisation lui avait permis de perdre un kilo par jour.

C´est vrai que dans les années 60-70, la vie en salle commune des hôpitaux et ses aléas,  les stations prolongées dans les parkings à brancard  pour la radiologie qui obligeaient très souvent les patients, finalement,  à recommencer les examens  car on les avait fait attendre trop longtemps et la préparation était passée trop vite, la distance sociale que maintenait les « mandarins médicaux » vis à vis de leurs patients  etc… n´aidaient pas à se remettre en état.

Lors de son dernier séjour hospitalier, en 1965,  il avait perdu 1 kg par jour et lorsque je l´ai revu, il ne pesait plus que  40 kg pour 1,72 m (je devais avoir 8 ans) .

Très rapidement, après cette triste expérience, il a eu la chance  de rencontrer un grand médecin, tant par la taille que par son savoir faire, victime d’une haine, de la part de nombreux confrères, à  la hauteur de ses succès thérapeutiques. C’était le docteur Jacques Janet qui avait dès la première visite, grâce à une consultation médicale digne de ce nom,  posé le diagnostic de pancréatite chronique, diagnostic difficile à l’époque sans échographie.

Aucun médecin n´avait prêté attention au fait que, depuis le début de ses problèmes de santé, mon père avait régulièrement dans ses selles des boules de graisse, ce qui en médecine s´appelle stéatorrhée.

Un bon étudiant de troisième année de médecine doit vous répondre sans hésiter que cette perturbation est le signe d´un dysfonctionnement du pancréas. Malheureusement à l´époque l´échographie n´existait pas et  pour la plupart des médecins  le pancréas n´était pas un organe qui rendait malade. A Bordeaux, nous avions même eu le privilège d´avoir un grand professeur de médecine qui se glorifiait d´avoir publié un livre à succès où il expliquait avec force détails que l´on ne pouvait pas souffrir du foie…. Je crois d´ailleurs me rappeler que mon père avait été en contact avec ce « brillantissime »  personnage lors de sa dernière hospitalisation , très efficace pour maigrir …

Finalement avec des moyens thérapeutiques simples, bien que certains aient été onéreux car il fallait les faire venir de l’étranger, il a pu être remis sur pied en quelques mois et reprendre une vie tout à fait normale.

J’ai donc grandi et évolué sous la protection de ce père spirituel  qui avait été le disciple du Dr Arthur Vernes, découvreur de la cancérométrie de Vernes.

Le docteur Janet m’avait fort judicieusement conseillé de suivre un enseignement médical classique le plus complet possible car pour lui seul un excellent clinicien pouvait faire un bon médecin. Je me suis attaché à suivre ses conseils.

Dés le début  de mes études  je me suis trouvé en position difficile car j´ai souvent été  confronté, à l’hôpital, à des situations où je voyais des patients en difficulté car ils se  trouvaient pris dans un système où l´institution médicale et les protocoles prévalaient sur l´intérêt du patient et l´humanisme qu´ils étaient en droit d´espérer.

Fort heureusement, de gros efforts ont été faits pour rendre le monde médical plus humain et mes propos doivent être replacés dans leur  contexte historique.

Néanmoins, c’est grâce à ce système d’enseignement que j’ai pu acquérir tout le savoir nécessaire à l’exercice de mon art. Il est vrai qu’à mon époque, au servicesdes urgences, on était encore capable de faire le diagnostic d’une appendicite aigüe uniquement  par l’examen clinique  où  le toucher rectal en était la pièce maitresse. Il ne nous était pas nécessaire d’attendre le résultat d’un bilan sanguin ou d’un hypothétique scanner pour prendre une décision efficace.

   MES ÉTUDES MÉDICALES

 

J´espère ne pas avoir fait trop d’erreurs sur les dates évoquées…

Un moment, l’envie de passer l’internat pour devenir chirurgien orthopédiste m’a  traversé l’esprit et je me suis organisé durant ma cinquième année de médecine pour obtenir  en un an  tous les examens que je n’avais pas eu en quatrième                                                      année ( carabin trop festif ),

ceux de la cinquième et de la sixième année, en jonglant avec les sessions d´examens de juin,  septembre et février, ce qui me laissait ainsi libre toute la sixième année, hormis les stages obligatoires à l´hôpital,  pour préparer le concours de l´internat. Je crois que cette procédure a été rendue impossible .

1981-1982 (5 eme année Universitaire) :

Dans le même temps, mon activité syndicale au sein de la corpo de médecine m’avait fait élire au conseil d’université de Bordeaux II. Et oui on ne se refait pas, je n’ai jamais été capable de subir les évènements sans essayer de mettre mon grain de sel….

Là, j’y ai découvert comment étaient nommés, du moins à cette époque (mais je ne suis pas sur que cela ait beaucoup changé) les professeurs agrégés (la voie royale après l’internat). A compétence égale, il est vrai,  le choix final  des impétrants se faisait essentiellement  en fonction de leurs chefs de service respectifs dont ils étaient devenus les chefs de clinique,  du statut politique et du copinage avec les  collègues élus au conseil université de ses chefs de service, des différents réseaux qu´il fallait savoir activer et, bien évidemment, en fonction du statut personnel du prétendant à ce titre, ô combien convoité.

Il est vrai que quelques uns, par leur charisme personnel, un minimum de chances et plus de compétences que les prédestinés initiaux,  ont fini  malgré tout par y parvenir.

C’est comme cela que j’ai compris que l’on se retrouvait  plus facilement professeur agrégé de père en fils, et de ce fait, n’ayant pas ce privilège acquis par la naissance, j’ai pris conscience du peu de chances que j’avais d’aboutir en choisissant cette voie que j’ai du me résoudre à abandonner….

Ai-je eu raison de ne pas tenter ma chance? Au vu des ennuis respectifs que j´ai du surmonter, assurément non, mais au vu de mon épanouissement personnel et des joies quotidiennes que m´apporte l´exercice de la médecine telle que j´ai la chance de la pratiquer, alors là oui !!!

Fort de cette décision, j’ai décidé de choisir les stages les plus formateurs et les moins prisés car nécessitant une forte disponibilité non propice à la préparation de l’internat. J’ai pu, par ce biais, acquérir un sérieux bagage technique me permettant d’apprendre à exécuter les gestes médicaux sortant de la pratique ordinaire (gestes de ponctions diverses, examens gynécologiques, petite chirurgie etc…)

Pour ce faire, comme je m’ennuyais ferme dans  mon statut d’externe  qui nous reléguait plus à un travail de secrétariat  que de futur médecin (les internes restaient  jaloux de leur prérogatives et j’avais compris rapidement qu’il était astucieux de repasser l’après-midi dans les services hospitaliers  alors que nous avions seulement l’obligation d’y rester le matin pour accompagner le chef de clinique et y glaner les gestes thérapeutiques réservés habituellement aux élites médicales ), j’avais sauté sur l’opportunité de passer un an rémunéré en tant que fonction d’interne à l’hôpital de Cognac au service des urgences en lieu et place de mon statut d´externe , ce qui était mieux pour mon équilibre budgétaire et me permettait enfin  d’avoir plus de responsabilités.

 Ma vie  s’est toujours bâtie autour de rencontres et d’amitiés fortes,  de personnalités qui, à un moment crucial de celle-ci,  sont intervenues pour me soutenir de manière totalement désintéressée.

Par le biais de mon activité syndicale  je m’étais lié d’amitié avec le doyen de mon UER, le Pr Michel Boisseau ( hématologue ), qui m’avait donné l’autorisation écrite de partir un an dans une autre académie (sacrilège et qui plus est en quittant mon statut d’externe). La prudence m’avait inspiré alors en demandant cette autorisation écrite car, à mon retour dans l’académie bordelaise, le doyen responsable du troisième cycle voulait m’obliger à redoubler ma sixième année de médecine sous le prétexte que travailler comme faisant fonction d’interne était moins formateur que de préparer, en tant qu’externe, les dossiers médicaux des internes .

J’ai d’ailleurs fait l’objet d’une séance mémorable au conseil de faculté où je n’ai pu avoir gain de cause que grâce au doyen Michel Boisseau qui a du user de toute son autorité face à mon futur directeur  de troisième cycle qui voulait m’en fermer l’accès. C’est comme cela que l’on peut être un jour amené à payer certaines victoires mais je l’ai compris beaucoup plus tard!

Plus tard , il m’a été encore d’un grand secours en acceptant de participer à mon jury de thèse malgré les pressions extérieures pour ne pas la cautionner.

1982-1983 (6eme année Universitaire):

Dans le même temps j’avais  entrepris un enseignement d’homéopathie ( dès ma deuxième année de médecine ),  grâce au Dr Jacqueline Barbencey  qui a été mon initiatrice en homéopathie.

 

 

 

et du Dr Denis Demarque, un des créateurs du diplôme d’université d’homéopathie à Bordeaux

et

 

        du Dr  Jean Meuris qui m´a
initié à l’utilisation du répertoire
de Kent

 

 

 

 

et plus tard le Dr Gérard Guéniot .

 

 

 

 

Tous ces praticiens  sont maintenant  malheureusement décédés .

J’ai eu la chance, pour mon troisième cycle d’université, de travailler pendant 6 mois, comme faisant fonction d’interne, à la Fondation Bergonié de Bordeaux. Pour moi, ce  stage a été difficile à gérer car d´une part,  j’y ai acquis une solide formation grâce à des médecins d’une excellente compétence, animés d’un fort esprit pédagogique que je n’ai rencontré que dans peu d’autres services médicaux,  mais d´autre part,  je préparais dans le même temps ma thèse avec le Dr Jacques  Janet  qui m´ouvrait largement les yeux sur d´autres options thérapeutiques dans la prise en charge des cancers .

Le docteur Janet m’a laissé consulter, pendant plus d’un an, l’ensemble de ses dossiers médicaux. Plus j’étudiais ses dossiers médicaux et plus je voyais les résultats qu’il obtenait, plus j’avais du mal à me convaincre d’obliger les patients que j’avais en charge à l’hôpital  de suivre les protocoles de chimiothérapies que je devais leur proposer comme seule solution pour soit disant les guérir. Leur parler de la possibilité d’autres options thérapeutiques complémentaires aurait été des plus déstabilisant pour eux et j’ai du me taire pendant 6 mois.

Quel dommage que ces deux options de la médecine ne soient pas utilisées conjointement!

J’ai fait ensuite un stage de 6 mois en gériatrie, spécialité à cette époque totalement  délaissée par les étudiants, ce qui était des plus regrettable car en fait cela a été une expérience très enrichissante à tous points de vue. J’ai d’ailleurs suivi un cycle de 2 ans à Bordeaux qui m’a permis d’acquérir  en 1983 un diplôme de gérontologie, la spécialité médicale n’ayant  pas encore  été créée au niveau national.

Dans la même période je me suis marié, ma fille est née puis je  suis parti faire mon service militaire comme médecin aspirant.

J’ai profité de cette période pour rédiger ma thèse de doctorat en médecine et la soutenir à Bordeaux le jeudi 27 septembre 1984.

Février 1985

En février 1985 j’ai enfin ouvert mon cabinet médical, soit quelques jours après la fin de mon service militaire, époque où j’ai publié un ouvrage en collaboration avec les

Laboratoires de SEROCYTOLOGIE DE LAUSANNE                                               

fruit de plusieurs années de collaboration avec mon ami le docteur Didier Defleur.

  Je croyais naïvement que dorénavant je n’aurais de comptes à rendre qu’à mes patients …

Dans quelques jours, la suite de mon parcours où je vous parlerai de ma rencontre avec un homme extraordinaire , le  Professeur Lucien Israël qui après deux ans de collaboration m’a permis d’obtenir à Paris en 1989  un diplôme universitaire de cancérologie ….

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